Publié le - Comité Richelieu, Edito.

Pas de retour de croissance, sans un printemps des entreprises !

Décidément, cet automne 2012 est riche en événements pour les entreprises et leurs responsables. Du mouvement des pigeons, dont la juste protestation a secoué le pays, au rapport Gallois et au Pacte de compétitivité mis en place par le gouvernement, l’enjeu entrepreneurial a été au cœur du débat national.

Aux légitimes inquiétudes suscitées par le PLF 2013 et son désormais fameux article 6 sur la fiscalité des plus-values de cessions de titres, succède aujourd’hui un certain soulagement. D’abord le  gouvernement a tout de même entendu la vigoureuse mobilisation des entrepreneurs et amendé  son texte – le Comité Richelieu s’est bien mobilisé pour cet objectif – mais, plus encore, le rapport  Gallois et son diagnostic implacable sur la perte de compétitivité de notre pays marque un tournant  dans notre histoire récente.

François Hollande a lui-même confirmé cette évolution en assumant clairement, lors de sa première  conférence de presse à l’Elysée, une politique de l’offre qui mise, notamment, sur une baisse du coût  du travail pour renforcer notre compétitivité.

Le pays sait désormais que sa compétitivité, et donc sa croissance, dépend largement de sa capacité  d’innovation, que l’innovation est d’abord l’affaire des entreprises et qu’il n’y a pas d’entreprises  sans entrepreneurs.

Le rapport Gallois n’est pas le premier à poser ce diagnostic, mais c’est bien le premier document qui rencontre un large consensus politique, les dirigeants de l’opposition l’ont tous plébiscité, et l’ensemble de la société française a enfin reçu le message de l’urgence.

En effet, les tourbillons de l’automne sont aussi porteurs de mauvaises nouvelles qui annoncent un hiver rude pour les entreprises. Pour la Banque de France, comme pour Bruxelles, l’économie française est au bord de la récession et la hausse record du chômage au dernier trimestre est bien le syndrome d’un pays en grave difficulté économique. Dans ce climat déprimé, il n’est pas surprenant que les industriels prévoient une baisse de 2% de leurs investissements en 2013. Sans perspective d’une hausse des carnets de commande, les entreprises n’ont toujours pas de raisons d’investir !

La réponse du gouvernement à travers le « Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi », reprend la logique du rapport Gallois qu’elle met globalement en œuvre. 20 milliards pour les entreprises et leur financement, grâce à un crédit d’impôt étalé sur 3 ans, accompagnés d’une baisse de 10 milliards de la dépense publique sur 2 ans. La mesure incontestablement va dans le bon  sens.

Pour autant, ce n’est qu’un premier pas dans la bonne direction, si l’on s’en tient aux critères de coûts. Rattraper notre retard compétitif sur l’Allemagne est l’objectif que nous devons nous fixer. Or, si le gouvernement, grâce aux mesures annoncées, obtient une baisse de 6% du coût du travail en 3 ans pour les salaires inférieurs à 2,5 SMIC, soit 85% des salaires de l’industrie, le différentiel de coût global avec notre grand concurrent est de l’ordre de 10%, avec une perte de 20% de notre compétitivité coût sur la décennie écoulée.

Si l’on considère, à présent, les mesures du Pacte de compétitivité qui concernent la compétitivité hors coût, le Comité Richelieu prend acte d’un véritable effort du gouvernement pour améliorer la situation des PME et, notamment, des PME innovantes, mais nous nous interrogeons également sur les conditions de mise en œuvre des mesures annoncées.

En effet, est-il raisonnable qu’une disposition aussi capitale pour les PME que celle qui doit ramener les délais de paiement de l’Etat à 20 jours maximum doive attendre 2017 pour atteindre son plein effet ? De même, pourquoi attendre 2020 pour que 2% de l’achat public soit réservé aux « PME de croissance innovante » ? Faut-il vraiment patienter 7 longues années pour un objectif somme toute bien modeste alors que l’article 26 de la LME sur l’achat public innovant qui répond au même enjeu, reste sans effet depuis 2008 !

Il nous faut donc aller plus loin et, surtout, plus vite, si nous voulons, qu’après un hiver douloureux, nos entreprises connaissent enfin, à l’horizon 2013, un véritable printemps. Ainsi, si nous entérinonsbien volontiers les efforts du gouvernement pour répondre aux attentes des entreprises, nous devons tout de même constater le chemin qu’il nous reste à parcourir. Il manque à la France par rapport à ses grands concurrents anglais ou allemands, pour s’en tenir à l’Europe, 20 à 25% de mains d’œuvre dans le secteur marchand.

Or, pour l’essentiel ce sont les nouvelles entreprises dotées d’un fort potentiel, donc capables d’innover, qui créent des emplois, la France ne crée pas assez de ce type d’entreprises. L’action constante du Comité Richelieu depuis des années, et récemment avec son Livre Blanc 2012, est bien de répondre à cet enjeu de création et de développement des Entreprises d’Innovation et de Croissance (EIC), pour en faire des « champions internationaux de la croissance et de l’emploi ».

Le Comité Richelieu sera vigilant sur la mise en œuvre des mesures annoncées, mais, fidèle à sa vocation, il restera un partenaire ouvert au dialogue, disposé à mettre ses connaissances et son expérience au service des autorités publiques qui agissent dans la bonne direction.

Philippe Berna

Président

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